White Noise, quand le graphisme fait du bruit

Les liens entre graphisme et musique sont légions, transcendent les époques et les supports. Qu’il s’agisse de rock, d’électro ou de jazz, force est de constater qu’il est toujours une collaboration exemplaire qui vient immédiatement à l’esprit des graphistes comme à la conscience collective. Dès lors qu’un fan de musique s’intéresse aux clips, aux disques, aux concerts, jusqu’aux t-shirts et autres posters, il comprend que les supports de création en lien avec la sphère musicale sont l’œuvre d’auteurs. Graphisme et musique se nourrissent réciproquement pour constituer la culture populaire contemporaine source de nombreuses passions et de quelques vocations heureuses. Sans tendre à l’exhaustivité, les commissaires Sophie Demay, graphiste et commissaire indépendante, et Étienne Hervy ont convoqué ici une pluralité de formes et d’univers. Parmi les personnalités réunies aux Subsistances par l’exposition, citons tout d’abord celle de Barney Bubbles, mythique graphiste anglais des années 1970-1980, qui a accompagné la scène musicale alternative du Royaume-Uni, particulièrement l’émergence du mouvement punk et new-wave. Aussi radical que brillant, il a notamment travaillé avec Hawkwind, Ian Dury, Elvis Costello, The Damned ou Big Star. L’exposition a réuni plus d’une centaine de pièces, via une sélection réalisée par Paul Gorman, journaliste et écrivain britannique. Ont également été conviés à participer à «White Noise» le français Mehdi Hercberg, aka Shoboshobo, ou le studio amstellodamois Moniker, composé de Luna Maurer, Jonathan Puckey et Roel Wouters. Le premier a installé le temps de l’exposition aux Subsistances son bestiaire coloré et monstrueux dans une structure composée d’illustrations, de personnages interactifs et autres wall drawings qui s’est transformé en salle de concert. Quant aux seconds, ils ont été invités à concevoir une interface présentée dans l’exposition et sur Internet. S’appuyant sur les possibilités offertes par le web et l’ensemble des nouveaux médias apparus récemment, les trois designers s’engouffrent dans cette brèche pour proposer une réflexion sur les bouleversements actuels dans l’industrie musicale, tout en revendiquant une philosophie assez proche du DIY prôné par les punks à la fin des années 1970. Une attitude que n’aurait pas reniée Sonic Youth, mythique groupe de noise rock américain, qui a accepté de confier à Experimental Jetset la création d’un t-shirt inédit édité spécialement pour la 23e édition du Festival. Enfin, Laurent Fétis a été invité à réaliser une fresque, panthéon de la contribution du graphisme au patrimoine musical mondial. Un autre élément constitutif de «White Noise», s’intitule Confusion, label conçu et conceptualisé par Sophie Demay et Étienne Hervy, accompagnés du graphiste James Goggin, directeur du Design au Musée d’art contemporain de Chicago. Regroupant à l’heure actuelle une dizaine de lieux partenaires, Confusion, plutôt qu’un label au fonctionnement classique, se veut un outil collaboratif, souple, aussi libre et indépendant que possible, laissant bien évidemment une place primordiale au design graphique. S’inspirant du fonctionnement de labels emblématiques tels que Factory, Warp ou Sub Pop, Confusion est une œuvre collective où chacun apporte sa pierre à l’édifice ; son acte de naissance a été l’exposition «White Noise». Partenaires : L’exposition est coproduite avec le Centre Pompidou, qui a détaché Cloé Pitiot (Conservateur design et nouveaux média) et Romain Lacroix (Département du développement culturel, service de la parole) pour travailler avec les commissaires.

Barney Bubbles
Shoboshobo
Laurent Fétis