code_source

« Nous avons suivi depuis trente ans une mutation incroyable en terme technique. Les technologies digitales ont évolué et se sont propagées dans nos vies quotidiennes à une vitesse effarante. Tout est bouleversé: les rapports sociaux, les usages, la diffusion du contenu, le commerce, les métiers, la distribution, la diffusion de la culture, la création artistique…

L’accélération fut exponentielle ces quatre dernières années avec les appropriations massives par le grand public des Youtube, MySpace, Dailymotion, PodCast, Facebook, Flickr', Wikipedia, les blogs, Twitter et autres réseaux communautaires et collaboratifs, modifiant totalement nos usages et notre vie quotidienne. Mais, nous sommes toujours devant des interfaces graphiques de sites web mimant de façon affligeante le support papier. Nous continuons de tourner des pages (virtuelles), nous concevons encore des sites de la même manière qu’un livre du XIXe siècle, nous utilisons des polices de caractères totalement inappropriées à l’écran… Bref, nous sommes encore visuellement à la préhistoire de ce nouveau médium.

La manière de lire sur un écran est encore très linéaire, malgré les possibilités apportées par l’hypertexte et l’interactivité. L’état graphique déplorable de la presse en ligne actuelle est la preuve que nous n'avons toujours pas inventé les modalités d'une lecture adaptée à ces supports contemporains. De nouveaux outils techniques arrivent tous les jours, nous facilitant soi-disant la vie. Mais ces outils sont avant tout des manières d’optimiser le temps et donc la rentabilité de la conception de site Internet ou autre objet interactif rendant le paysage interactif de plus en plus formaté. Nous manquons actuellement cruellement de réelles réflexions et analyses de ce domaine. Mais en même temps, il nous faut remarquer la mise en place de nouveaux usages, d’un vocabulaire et même d’une grammaire adaptés à l’interactivité. Ces usages ne se limitent pas aux seuls sites web, mais aussi à notre manière de communiquer, de partager, de nous informer, de nous déplacer, de nous cultiver, de nous amuser…

De nouveaux métiers se mettent en place, de nouveaux réseaux de compétences mais aussi de nouvelles manières de travailler et d’apprendre. Nous sommes donc à une époque charnière, où techniquement (presque) tout est possible et où le designer se trouve au milieu d’un champ des possible immense et passionnant, où tout reste à inventer. C’est pourquoi l'exposition code_source propose de décrypter et de retracer les étapes importantes du développement du design interactif à travers l'histoire des logiciels, du matériel, des recherches théoriques, des réalisations et des jeux vidéos. Elle définit également un panorama de la production contemporaine dans les domaines commercial comme expérimental. Dans une dernière partie, sont présentées de nombreux travaux d’étudiants issus d’écoles françaises mais aussi colombiennes, américaines, canadiennes, japonaises, suisses, chinoises… »

Étienne Mineur, commissaire de l’exposition

Anciens entrepôts du Sernam